Speculation financière ?

Depuis les derniers mois on assiste a la chute brutale des prix du pétrole. Les analystes et les spécialistes du secteurs imputent ça au boom du gaz de schiste et a une surproduction mondiale faisant chuter les cours. Les principaux perdants sont bien sur les Russes qui font face a un effondrement de leur monnaie et a une fuite de capitaux ayant conduit la banque centrale Russe a surévaluer son taux directeur. Les principaux gagnants sont les acteurs du marché qui achètent le pétrole a prix fixe sur des périodes allant de 1 a 5 ans (compagnies aériennes par exemple).

La question centrale est de savoir comment les cours ont pût  chuter autant alors qu’aucun gisement majeur n’est rentré en production recement et que la consommation mondiale reste soutenue ? De plus le gas de schiste reste une bulle spéculative et la production de shale gas au USA devrait bientot se stabiliser avant de commencer a décliner rapidement. Ceci est d’autant plus vrai qu’un baril a 50$ devrait freiner les investissements dans le secteur faisant reculer la production (un puit de shale gas décline rapudement en production et il faut forer en permanance pour compenser le declin des forage existants). La deuxième grande interrogative se situe du côté de l’OPEP. Car autant le shale gas ne peut etre contrôlé (une fois forer il faut produire pour eviter les pertes : fuites, bouchages…) autant les puits conventionnels du moyen Orient peuvent être bridés (« fermer les vannes »). De plus le raisonnement voudrait que les emirats se disent qu’il vaut mieux pour eux brider leur champs, faire remonter le cours et gagner autant mais en produisant moins. En suivant cette logique ils « economiseraient » le pétrole de leur gisements pour le futur. Cette logique n’etant pas suivie dans l’immédiat alors que le marché supportait un cours a 110$ il y a quelques mois (quelques années avant ils auraient pu hésiter a faire ça en pensant déstabiliser l’économie mondiale).

Il est alors légitime de se demander si cette situation est durable ou resulte d’une speculation a la baisse pour calmer les ardeurs des Russes en Ukraine (d’ailleurs on en entend plus vraiment parler ces derniers mois…) ainsi que de couper les vivres a l’EI qui tire ses revenus de la rente pétrolière.

Finalement cette baisse du prix du baril devrait pouvoir profiter à l’Europe dont le déficit commercial reste très dependant de sa facture en or noir… Nous verrons donc dans les prochains mois si cette tendance (baril a 50$) se confirme ou si c’était un tour de passe passe financier.

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Le Monde : Pic pétrolier, schistes, sables bitumineux, pétrole lourd et perspectives.

Le pic pétrolier, c’est l’instant historique à partir duquel la production mondiale de pétrole déclinera, faute de réserves suffisantes encore exploitables.
De nombreux experts estiment que cet événement, fatidique pour l’économie de croissance, a toutes les chances de se produire bientôt. La production de plusieurs régions pétrolifères majeures est déjà en déclin. Le déclin frappe aussi la production d’or noir des 5 principales compagnies internationales (les « majors »), comme je l’ai montré sur ce blog hébergé sur le site du Monde :
« Oil Man, chroniques du début de la fin du pétrole »
http://petrole.blog.lemonde.fr

Demain, Mad Max ? Quelles peuvent être les conséquences pour notre mode de vie d’un sevrage forcé de la source d’énergie qui a permis l’essor de la société industrielle, et que l’ensemble des autres sources d’énergie paraît être incapable de pleinement remplacer ?

L’Histoire de l’Homme : Des premiers « homo » à aujourd’hui.

De la préhistoire à aujourd’hui, ce document retrace le parcours de l’homme sur la planète en passant par ses inventions principales et l’évolution de sa population.

A travers ces observations, le document envisage le déclin de la civilisation industrielle que l’on connait pour les mêmes raisons que tant d’autres civilisations avant elle…

En savoir plus sur le pic pétrolier ?
https://survivreauxcrises.wordpress.com/2014/03/08/le-pic-petrolier/

Russie/Chine : Vers un nouvel ordre mondial ?

 » Ne surtout pas faire de rapprochement entre santé économique d’un état et performance des marchés. Il n’y a qu’a regarder la Chine (et la Russie) pour comprendre «  Bernard Aybran, directeur de la multigestion chez Invesco AM pour BFM Buisness

Le débat sur la prise de contrôle de la Crimée par la Russie bat actuellement son plein et on entend donc de tout et n’importe quoi. Difficile de faire le tri entre informations et désinformations (et propagande?). Bien qu’il soit logique pour un État de vouloir rassurer ses citoyens, cela peut aussi dé-servir ses intérêts.

Les sanctions prises par l’UE et les USA contre la Russie sont dérisoires et les Russes y ont donc logiquement répondus en proportion. Pour pouvoir comprendre la position de Poutine, il faut se mettre à la place du peuple Russe. Même pour Poutine « le dictateur », « l’homme de fer », justifier à son peuple une guerre entre la Russie et les pays de l’OTAN pour la domination énergétique n’est pas chose aisée. Il est donc important que celui-ci agisse avec parcimonie. En provoquant, mais avec une prise de risques calculée, il parie sur le recul de l’occident ou l’escalade du conflit. Dans les deux cas, la Russie y gagne, l’occident y perd.

« La Crimée est un territoire Russe » : Tenant ce discours (très discutable), il justifie son geste. Justification faite aux Russes, pas aux occidentaux. En montrant qu’il reste ouvert au dialogue malgré une position ferme, Poutine fait savoir à son peuple que ce n’est pas lui qui cherche à engager un processus de conflit armé aux portes de l’Europe. Son « tour de maitre » de ne pas faire porter les uniformes réglementaires à ses soldats, lui permet de s’affranchir auprès de son opignon publique d’une intervention militaire en Crimée, la faisant passer pour un soulèvement local. Le référendum est donc tout à fait légal aux yeux des Russes : La Crimée VEUT et DOIT être Russe.

Mais quels sont les intérêts économiques Russes en Crimée ? On cite les pipelines de gaz. Mais on ne pointe ici que les intérêts Européens, cela n’a que peu d’importance pour la Russie (L’UE est extremement dépendante de la Russie, pas l’inverse). Outre le besoin d’assurer sont contrôle militaire sur la mer noire (à proximité des pays du golfe…), ne serait-ce pas un moyen pour Poutine de fragiliser un peu plus l’UE au moment où la diminution de la production mondiale de pétrole déstabilise son économie ?

Ce faisant, Poutine envoi un message fort aux pays de l’ex URSS : L’Europe est affaiblie politiquement, économiquement et militairement et les USA hésitent à venir se frotter aux Russes pour les mêmes raisons, ne serait-ce pas le moment de reformer le bloc de l’Est pour profiter de la grande autonomie énergétique de la Russie (Avant que les russes passent, eux aussi, leur pic de production) ?

Si l’UE ne peut pas se passer de la Russie (Où et comment trouver une source d’approvisionnement de pétrole et de gaz en remplacement? D’autant que cette dépendance augmente d’années en années.), la Russie peut très bien se passer de l’UE : Les chinois et les indiens sont en mesure de leur fournir tous les produits manufacturiers dont ils ont besoin en échange d’une plus grande couverture énergétique de la part de la Russie, au détriment de l’Europe (Merci à la délocalisation des productions en Asie…)

On rappellera egalement qu’aujourd’hui l’UE et les USA ont des économies tournées vers le service (>70%), secteur bien moins producteur de richesse que l’industrie (service = les intermédiaires de l’industrie…). Les conséquences d’un arret des échanges avec la Russie auraient donc un impact considérable sur les économies occidentales, modéré sur l’économie Russe (important à court terme, bénéfique à moyen terme). Une récession forte en occident soulageant la tension sur le marché du pétrole (USA+UE consomment 50% du petrole produit à travers le monde…). Les chinois y trouveraient bien sur eux aussi leur compte.

A suivre…

Références :

http://www.challenges.fr/finance-et-marche/20131107.CHA6763/si-la-chine-accumule-les-lingots-d-or-c-est-pour-mieux-imposer-sa-monnaie-le-yuan.html

http://french.ruvr.ru/2014_03_19/La-cooperation-militaro-technique-entre-la-Chine-et-la-Russie-a-la-lumiere-de-la-crise-en-Ukraine-7788/

http://www.courrierinternational.com/article/2014/03/16/pourquoi-la-chine-a-son-mot-a-dire-sur-la-crimee

http://www.atlantico.fr/rdv/nettoyeur/crise-ukrainienne-comment-ignorance-economique-europe-empeche-tenir-tete-russie-pascal-emmanuel-gobry-1010881.html?page=0,0

http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/03/19/face-a-la-russie-decomplexee-la-diplomatie-sous-le-choc_4385921_3232.html

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/03/03/20002-20140303ARTFIG00189-l-economie-russe-devrait-resister-a-la-crise-en-ukraine.php

http://french.ruvr.ru/2014_03_19/La-cooperation-militaro-technique-entre-la-Chine-et-la-Russie-a-la-lumiere-de-la-crise-en-Ukraine-7788/

+ un peu de bon sens…

Fil d’actualités

Témoignage : La sécurité industrielle, un sujet fumeux.

De Mr X pour Picpétrolier :

<< J’ai eu l’occasion de travailler, il y a quelques années, dans la sécurité industrielle sur un site chimique classé SEVESO II seuil haut. Après avoir longuement hésité en raison du caractère « brulant » de ce dossier, je décide de ne plus me taire et me propose finalement de partager cette expérience.

Contexte :

Tous les 5 ans depuis 2003, l’administration française, chargée de superviser la sécurité industrielle (DREAL), demande une mise à jour du dossier évaluant les risques liés à l’exploitation des sites industriels (PPRT: Plan de prévention des risques technologiques). Sur le papier, ce dossier doit permettre d’identifier les risques pour mieux les maitriser. Implicitement, elle intervient en raison du vieillissement important du parc industriel français et au manque de budget alloué à la maintenance et à l’entretien sur ces sites.

L’étude doit permettre d’estimer les périmètres de dangers (Voir : Carte des aléas confondus) autour des usines (nuages toxiques, explosions, surpressions etc…) en fonction de scénarios définis à l’avance. On dit « définis à l’avance » pour ne pas dire « négociés » entre l’administration et les industries. En effet, le but n’est pas de fermer les usines…

Ces scénarios ne tiennent (pour l’instant) pas compte des autres usines à proximité (effet domino), ne relient pas les scénarios entre eux au sein d’une même usine (exemple : Un réservoir explose à coté d’un second, le second n’explose pas…) et sont définis à l’avance pour ne pas « trop » pénaliser l’exploitation. En bref, il s’agit surtout de « dire qu’on fait ».

Exemple de carte des aléas pour un site chimique (ici isolé)

Exemple de carte des aléas pour un site chimique (ici isolé)

Mission :

La tâche qui m’avait été confiée était de modéliser ces scénarios en utilisant un logiciel édité par la société américaine DNV et nommé PHAST. Ce logiciel permet de simuler sur ordinateur des scénarios de dispersion toxiques, explosifs, de feu, de surpression etc… Il prend en compte l’environnement direct (installation, bâtiments…), le climat (Température, vent), les produits chimiques engagés (Chlore, solvants, acides…), leurs quantités et leurs propriétés physiques (température, pression, toxicité, limites d’explosivités…).

D’habitude, ces calculs (2500€/calcul) sont réalisés par des sociétés de conseil extérieures (sous traitance), et ce pour ne pas engager la responsabilité de l’industrie concernée.

Cette mission m’a été confiée (sous contrat de stage…) pour économiser le précieux budget de mon employeur (crise économique oblige).

Quatre ans plus tôt, une carte des aléas avait déjà été établie par cette compagnie, ce qui lui avait demandé des investissements conséquents (En raison de risques élevés liés aux produits utilisés et de distances d’effets sortants déjà à l’époque du périmètre de l’usine…).

Avançant dans mon étude, je remarquais rapidement que les modèles de calculs « négociés » entre l’administration française et cet exploitant minimisaient largement les risques (Par un facteur que j’estime compris entre 2 et 4 en terme de distances d’effet). Sans compter la non prise en compte des effets dominos… En avisant mon responsable, je constatais que celui-ci était parfaitement au courant.

Voila le discours qu’on me servit : « Les résultats des simulations que tu vas faire ne DOIVENT PAS sortir des périmètres déjà établis, tiens toi en au modèle de calcul, ou démissionne. ». En effet, traversant une période économique difficile, mon employeur ne pouvait se permettre de nouveaux investissements… Le jeu de « jonglage » avec le logiciel commençait, mettant par la même occasion mon éthique de jeune ingénieur au placard.

NOTE:J’ai profité de l’accès à ce logiciel pour « simuler » le scénario AZF (nitrate d’ammonium). Les résultats obtenus étaient plus faibles que les conséquences que l’on connait. (En plus d’utiliser des méthodes de calcul minorants les risques, le logiciel lui-même était minorant).

Voila les points « chauds » que j’ai retenu de cette expérience :

– Certaines usines ne sont pas soumises au PPRT car elles fermeraient directement, ou affoleraient les populations locales, même en utilisant les modèles de calculs « négociés » (C’est le cas des raffineries de TOTAL, qui, au passage, ne payent pas non plus la taxe carbone…). Cela ne signifiant pas que ces usines ne font pas ces études pour leur usage interne…

– Un dossier PPRT rendu par une usine est par nature (et c’est voulu) fait pour être énorme (soit disant très complet) et donc illisible pour un tiers. Les informations étant noyées dans une masse d’explications et de justifications, tant concernant les risques chimiques et technologiques que les études environnementales.

– L’objectif est essentiellement de « dire qu’on fait » et de rassurer les populations locales, tout en continuant d’exploiter des usines vieillissantes.

– En ne prenant pas en compte les effets dominos (explosions entrainant d’autres explosions, nuages toxiques tuant les ouvriers et empêchant d’intervenir physiquement etc…), ces études sous estiment (minimisent) largement les risques.

– L’usine en question avait été rachetée par un énorme groupe chimique chinois, qui était (lorsque je travaillais sur place), en train de « copier » l’usine en Chine (toute neuve et 2 fois plus grosse). Effectivement, cette usine est condamnée à fermer (1000 emplois directs en France).

CONCLUSION :

Ce qu’il faut bien retenir ici c’est la nature « vieillissante » des installations sur les sites chimiques, pétrochimiques et industriels EN FRANCE (et plus généralement en occident) qui se dégradent en raison de budgets de plus en plus serrés (et ça ne s’améliorera pas dans l’avenir, bien au contraire –> voir pic pétrolier et crise financière sur ce blog). La probabilité que la fréquence des incidents, accidents et catastrophes augmente de plus en plus dans les années qui viennent, est exponentielle avec l’age des installations (corrosion, oxydation, fuites…)… En minimisant les risques industriels et environnementaux dans un souci d’exploitation au jour le jour, notre attitude de « langue de bois » est extremement dangereuse pour nous-mêmes à court et moyen terme. (Parc nucléaire vieillissant dont on prolonge encore et toujours l’exploitation, pic pétrolier entrainant l’exploitation de gisements à faibles EROI donc très polluants et peu rentables : gaz et pétrole de schiste, sables bitumineux du Canada, offshore profond…)

L’usine construite en Chine est neuve et donc bien plus SURE que celle en France (Plus de sécurité car elle à été construite en fonction, ils ont retenus la leçon). Celle en France à 70-80 ans et vieillit mal, très mal (Il faudrait la détruire et tout reconstruire pour être efficace sur le plan de la sécurité)… Concrètement, en récupérant nos industries, la Chine devient de plus en plus indépendante, tandis que nous n’avons jamais autant eu besoin d’elle (il en va de même avec la Russie)… >>

Mr X.