Témoignage : La sécurité industrielle, un sujet fumeux.

De Mr X pour Picpétrolier :

<< J’ai eu l’occasion de travailler, il y a quelques années, dans la sécurité industrielle sur un site chimique classé SEVESO II seuil haut. Après avoir longuement hésité en raison du caractère « brulant » de ce dossier, je décide de ne plus me taire et me propose finalement de partager cette expérience.

Contexte :

Tous les 5 ans depuis 2003, l’administration française, chargée de superviser la sécurité industrielle (DREAL), demande une mise à jour du dossier évaluant les risques liés à l’exploitation des sites industriels (PPRT: Plan de prévention des risques technologiques). Sur le papier, ce dossier doit permettre d’identifier les risques pour mieux les maitriser. Implicitement, elle intervient en raison du vieillissement important du parc industriel français et au manque de budget alloué à la maintenance et à l’entretien sur ces sites.

L’étude doit permettre d’estimer les périmètres de dangers (Voir : Carte des aléas confondus) autour des usines (nuages toxiques, explosions, surpressions etc…) en fonction de scénarios définis à l’avance. On dit « définis à l’avance » pour ne pas dire « négociés » entre l’administration et les industries. En effet, le but n’est pas de fermer les usines…

Ces scénarios ne tiennent (pour l’instant) pas compte des autres usines à proximité (effet domino), ne relient pas les scénarios entre eux au sein d’une même usine (exemple : Un réservoir explose à coté d’un second, le second n’explose pas…) et sont définis à l’avance pour ne pas « trop » pénaliser l’exploitation. En bref, il s’agit surtout de « dire qu’on fait ».

Exemple de carte des aléas pour un site chimique (ici isolé)

Exemple de carte des aléas pour un site chimique (ici isolé)

Mission :

La tâche qui m’avait été confiée était de modéliser ces scénarios en utilisant un logiciel édité par la société américaine DNV et nommé PHAST. Ce logiciel permet de simuler sur ordinateur des scénarios de dispersion toxiques, explosifs, de feu, de surpression etc… Il prend en compte l’environnement direct (installation, bâtiments…), le climat (Température, vent), les produits chimiques engagés (Chlore, solvants, acides…), leurs quantités et leurs propriétés physiques (température, pression, toxicité, limites d’explosivités…).

D’habitude, ces calculs (2500€/calcul) sont réalisés par des sociétés de conseil extérieures (sous traitance), et ce pour ne pas engager la responsabilité de l’industrie concernée.

Cette mission m’a été confiée (sous contrat de stage…) pour économiser le précieux budget de mon employeur (crise économique oblige).

Quatre ans plus tôt, une carte des aléas avait déjà été établie par cette compagnie, ce qui lui avait demandé des investissements conséquents (En raison de risques élevés liés aux produits utilisés et de distances d’effets sortants déjà à l’époque du périmètre de l’usine…).

Avançant dans mon étude, je remarquais rapidement que les modèles de calculs « négociés » entre l’administration française et cet exploitant minimisaient largement les risques (Par un facteur que j’estime compris entre 2 et 4 en terme de distances d’effet). Sans compter la non prise en compte des effets dominos… En avisant mon responsable, je constatais que celui-ci était parfaitement au courant.

Voila le discours qu’on me servit : « Les résultats des simulations que tu vas faire ne DOIVENT PAS sortir des périmètres déjà établis, tiens toi en au modèle de calcul, ou démissionne. ». En effet, traversant une période économique difficile, mon employeur ne pouvait se permettre de nouveaux investissements… Le jeu de « jonglage » avec le logiciel commençait, mettant par la même occasion mon éthique de jeune ingénieur au placard.

NOTE:J’ai profité de l’accès à ce logiciel pour « simuler » le scénario AZF (nitrate d’ammonium). Les résultats obtenus étaient plus faibles que les conséquences que l’on connait. (En plus d’utiliser des méthodes de calcul minorants les risques, le logiciel lui-même était minorant).

Voila les points « chauds » que j’ai retenu de cette expérience :

– Certaines usines ne sont pas soumises au PPRT car elles fermeraient directement, ou affoleraient les populations locales, même en utilisant les modèles de calculs « négociés » (C’est le cas des raffineries de TOTAL, qui, au passage, ne payent pas non plus la taxe carbone…). Cela ne signifiant pas que ces usines ne font pas ces études pour leur usage interne…

– Un dossier PPRT rendu par une usine est par nature (et c’est voulu) fait pour être énorme (soit disant très complet) et donc illisible pour un tiers. Les informations étant noyées dans une masse d’explications et de justifications, tant concernant les risques chimiques et technologiques que les études environnementales.

– L’objectif est essentiellement de « dire qu’on fait » et de rassurer les populations locales, tout en continuant d’exploiter des usines vieillissantes.

– En ne prenant pas en compte les effets dominos (explosions entrainant d’autres explosions, nuages toxiques tuant les ouvriers et empêchant d’intervenir physiquement etc…), ces études sous estiment (minimisent) largement les risques.

– L’usine en question avait été rachetée par un énorme groupe chimique chinois, qui était (lorsque je travaillais sur place), en train de « copier » l’usine en Chine (toute neuve et 2 fois plus grosse). Effectivement, cette usine est condamnée à fermer (1000 emplois directs en France).

CONCLUSION :

Ce qu’il faut bien retenir ici c’est la nature « vieillissante » des installations sur les sites chimiques, pétrochimiques et industriels EN FRANCE (et plus généralement en occident) qui se dégradent en raison de budgets de plus en plus serrés (et ça ne s’améliorera pas dans l’avenir, bien au contraire –> voir pic pétrolier et crise financière sur ce blog). La probabilité que la fréquence des incidents, accidents et catastrophes augmente de plus en plus dans les années qui viennent, est exponentielle avec l’age des installations (corrosion, oxydation, fuites…)… En minimisant les risques industriels et environnementaux dans un souci d’exploitation au jour le jour, notre attitude de « langue de bois » est extremement dangereuse pour nous-mêmes à court et moyen terme. (Parc nucléaire vieillissant dont on prolonge encore et toujours l’exploitation, pic pétrolier entrainant l’exploitation de gisements à faibles EROI donc très polluants et peu rentables : gaz et pétrole de schiste, sables bitumineux du Canada, offshore profond…)

L’usine construite en Chine est neuve et donc bien plus SURE que celle en France (Plus de sécurité car elle à été construite en fonction, ils ont retenus la leçon). Celle en France à 70-80 ans et vieillit mal, très mal (Il faudrait la détruire et tout reconstruire pour être efficace sur le plan de la sécurité)… Concrètement, en récupérant nos industries, la Chine devient de plus en plus indépendante, tandis que nous n’avons jamais autant eu besoin d’elle (il en va de même avec la Russie)… >>

Mr X.

La transition énérgétique se fera t-elle au prix du charbon ?

Hier au pétrole, demain au charbon ?

Notre besoin croissant en énergie qui accompagne notre croissance économique, couplée à la raréfaction du pétrole, et à la perte de confiance dans l’énergie nucléaire (L’uranium étant également une ressource non-renouvelable), pousse de plus en plus de pays à renouer avec le charbon (Chine, USA, Allemagne, France etc…).

En effet, depuis plusieurs années, on assiste à la réouverture des mines et des centrales électriques du siècle passé. Avec l’aide du pétrole, l’extraction intensive de la houille devient d’autant plus simple et rentable économiquement, mais à quel prix pour nos poumons? Explications.

Excavatrice moderne à charbon (ciel ouvert)

Excavatrice moderne à charbon (ciel ouvert)

La question est ici de savoir si la société industrielle va régresser dans les années qui viennent au point de devoir repasser à l’énergie du XVIIIeme siècle mais avec la consommation du XXIeme… Une problématique qui fait suite au constat suivant : « Rien, absolument rien, ne peut aujourd’hui remplacer le pétrole ».

Rappelons d’abord quelques chiffres développés dans les différents chapitres de ce Blog.

A l’heure d’aujourd’hui :

  • 99,8 % du transport mondial fonctionne au pétrole. Il est actuellement irremplaçable dans ce domaine, gaz naturel à part (l’électrique n’étant pas une solution de remplacement à court terme et à grande échelle). Le transport consomme 60% de la production mondiale de pétrole ;
  • 70% de électricité mondiale est produite à partir d’énergies fossiles (Charbon/Gaz/pétrole). La production d’électricité consomme 10% de la production mondiale de pétrole ;
  • 99 % de l’industrie mondiale (tous secteurs confondus) consomme du pétrole de manière directe (matière première, électricité, chauffage…) ou indirecte (produits dérivés, plastiques, engrais, chimie, agroalimentaire, pesticides, matériaux etc..). L’industrie consomme 25% de la production mondiale de pétrole ;
  • Les 5% restants de la production mondiale de pétrole étant destinés à un usage domestique (chauffage) ;

De plus :

  • Le pétrole est associé à une main d’œuvre bon marché (Il est dit qu’un litre de pétrole correspond au travail de 150 hommes pendant 24h). Il a permis à la société industrielle d’accéder au confort et à la richesse, tout en n’ayant plus (et c’est discutable) à avoir recourt à l’esclavage pour cela.
  • Le charbon peut être liquéfié et transformé en pétrole mais au prix de rejets d’oxydes d’azote (NOx), de dioxyde de soufre (SO2) et de dioxyde de carbone (CO2) en abondance, ainsi que d’un bilan énergétique beaucoup plus faible.
  • La combustion directe du charbon rejette 2 à 3 fois plus d’équivalent CO2/kg que le pétrole (fonction de sa qualité) ;
  • Le charbon de qualité supérieure (« Bon » rendement énergétique, « Peu » de rejets) a déjà quasi-totalement été exploité au cours des siècles derniers. Il reste donc le charbon de qualité « moindre », beaucoup plus émetteur de CO2 et moins rentable énergétiquement…

Outre l’effet de serre et le réchauffement climatique engendré par ces rejets, c’est la qualité de l’air que l’on respire qui risque de rapidement se détériorer.

Involution de la teneur atmosphérique en CO2 (mesurée a Hawaï)

Évolution de la teneur atmosphérique en CO2 (mesurée a Hawaï)

Vous savez surement que la combustion d’une énergie fossile qui comprend X atomes de carbone (composé carboné qu’on notera pour simplifier CXH2X+2) peut s’écrire :

CXH2X+2   +   X O2  (Oxygène de l’air)  –>   X CO2 + (X+1) H2O   (+  X Energie)

Ou X et Energie dépendent du composé carboné (pétrole/gaz/charbon/bois…) et de sa qualité

BILAN : Notre appétence pour l’énergie nous pousse donc à transformer très rapidement l’oxygène de l’air (qui nous sert à respirer) en CO2 (toxique)… 

Le composé carboné est extrait de terre, brulé et rejeté dans l’atmosphère sous forme gazeuse (Rappel : Un solide ou un liquide devenant gazeux occupe un volume plus important à pression atmosphérique).

Conclusion : (logique) L’air que l’on respire se sature petit à petit en CO2, le rendant donc de moins en moins respirable. De plus, le CO2 est plus lourd que l’air : il descend donc et reste au sol (d’où les nuages de pollution en ville quand il n’y a pas de vent).

A court terme, ce phénomène est négligeable car le volume occupé par l’atmosphère est grand (dilution). Cependant, à moyen (hier) et long terme (demain), la quantité de CO2 émise (et qui augmente d’années en années avec la croissance mondiale) va poser des problèmes considérables pour notre santé générale et notre espérance de vie.

Remarque : Soyons un peu réalistes : L’électricité ne pourra pas faire avancer nos voitures (celles des Français, mais aussi des chinois et de tous les autres) à grande échelle et d’ici les 10 prochaines années. Et même si cela devenait technologiquement possible par un quelconque miracle, comment produire suffisamment d’électricité pour compenser sans voir pousser les centrales nucléaires un peu partout comme des champignons ?

A savoir : On a rejeté ces 30 dernières années autant de CO2 que les 70 années précédentes. A notre rythme actuel, couplé à la fin du pétrole, on rejettera la même quantité sur les 10 prochaines années… On note au passage que les objectifs du protocole de Kyoto n’ont été tenus par aucuns des signataires qui ont tous augmentés leurs émissions de manière significative, et ce, directement ou indirectement (On brule chez le voisin pour notre propre consommation…).

Centrale à charbon en allemagne

Centrale à charbon en Allemagne

Dans les années qui viennent, en utilisant le charbon de qualité moindre pour compenser la diminution de la production de pétrole, on va consommer l’oxygène de l’air de plus en plus vite tout en rejetant de plus en plus de CO2 dans l’atmosphère (à production d’énergie équivalente).

D’ici seulement 10 ans, l’air risque de devenir irrespirable, car nos poumons (et ceux de la plupart de mammifères constituant notre alimentation) n’auront pas le temps de s’adapter à de l’air plus pauvre en oxygène, sans parler des dérèglements climatiques associés…

"Smog" en pleine journée à Pékin (2013)

« Smog » en pleine journée à Pékin (2013)

Questions :

  • Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour conserver le confort offert par la civilisation industrielle ?
  • Notre façon de vivre est-elle appropriée à notre survie en tant qu’espèce humaine ?
  • Allons-nous persévérer sur cette voie jusqu’à notre extinction pure et simple, où allons-nous nous arrêter avant ? (et dans ce cas pourquoi ?)
  • L’homme sera-t-il donc capable de renouer spontanément avec ses origines, en étant moins matérialiste, en devenant plus proche de la nature et en adoptant un mode de vie plus simple? Personnellement, j’en doute fort.
  • Pouvons-nous et devons-nous considérer (vu de l’espace) que l’homme est un virus sur cette planète ?

(Un virus est une entité biologique nécessitant un hôte, dont il utilise les constituants pour se répliquer, conduisant fatalement à la mort de l’hôte, et par conséquence, de lui-même).

Demain c’est aujourd’hui.

Références :

http://www.wat.tv/video/transition-energetique-allemande-6gpex_2i0u7_.html

http://www.terraeco.net/Et-la-Chine-transforma-le-charbon,484.html

http://www.rfi.fr/emission/20120503-le-charbon-etats-unis-inonde-europe-prix-s-effondrent/

http://energie.sia-partners.com/20070223/le-charbon-rapide-etat-des-lieux-sur-la-deuxieme-source-denergie-mondiale/

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/03/18/selon-une-etude-la-nasa-prevoit-la-fin-de-la-civilisation/

La crise en ukraine

Cela fait maintenant 4 jours que des hommes lourdement armés on pénétrés en Ukraine et pris le contrôle de la Crimée. Ils bloquent les militaires ukrainiens dans leurs casernes et encouragent les manifestations pro-russe. En parallèle Mr Poutine a obtenu les pleins pouvoirs sur son armée (670 000 professionnels / 143 millions de russes ) et à le soutien de la Chine.

Le désaccord entre les ukrainiens sur le choix de leur partenaire économique et politique (de l’Europe ou de la Russie), a conduit le pays a destituer son président il y a une semaine, au terme de violents affrontements.

Mr poutine, qui ne reconnait pas le nouveau régime, protège l’ex-président ukrainien en fuite et le soutien pour la présidence ukrainienne. Il a la bénédiction de Pékin et ne semble pas s’inquiéter des conséquences, niant même toute intervention de sa part.

Poutine n’est pas inquiété par les « représailles » des occidentaux…

Il semble que Mr Poutine ne considère pas que le fait de déployer 20 000 hommes soit une « intervention ». Il met néanmoins en garde l’occident, prêt à se battre pour la Crimée, péninsule de la Mer Noire à deux pas des plus gros pays producteurs de pétrole (voir OPEP)…

Si vous avez vus le reportage sur le rôle essentiel du pétrole dans les grandes guerres (ici), rappelons qu’il a réussit à empêcher récemment une intervention militaire occidentale en Syrie ou il exploite maintenant le pétrole et le gaz. Mr Poutine ayant menacé hier l’occident de crise économique majeure, une façon de nous rappeler qu’en coupant les vannes du pétrole du gaz, nos états surendettés auraient bien du mal à supporter le poids d’une guerre…

A suivre…