La crise financière ou effet domino

On va essayer de comprendre ici l’interdépendance qu’il existe entre l’économie réelle et la Finance, et pourquoi cette dernière est devenue aussi fragile devant les fluctuations du marché.

Voir crise financière (sur Wikipédia)

I – La création monétaire :

« À l’origine, les billets étaient simplement représentatifs d’un stock de métal précieux (or ou argent) et échangeables à vue. Mais très rapidement on trouva commode et légitime d’émettre des billets si les garanties présentés semblaient suffisantes. » (Wikipédia)

Les premiers points important à retenir ici sont les notions de PRÊTS et de CRÉDITS, deux concepts qui permettent aux banques de « fabriquer de l’argent ».

Pour comprendre : Lorsque vous faites un PRÊT de 100 000 € sur 30 ans, pour un appartement :

  • La reconnaissance de dette (ou CRÉDIT) que la banque obtient en échange de votre signature, vous engage à rembourser la somme empruntée sur 30 ans + intérêts.
  • Votre promesse de remboursement permet à la banque d’inscrire la somme à la fois dans la colonne des actifs (détention d’une créance), et des passifs (approvisionnement d’un compte), de son bilan comptable.
  • Entre temps, 100 000 € sont bien apparus sur votre compte que vous utilisez pour acheter votre bien.
  • La banque dispose elle aussi de 100 000 € dans ses actifs, et l’utilise comme capital  à hauteur de 90% (Soit 90 000€).
  • La banque effacera ces 100 000 € des actifs de son bilan comptable dans 30 ans, à la fin du remboursement.
  • Si les traites ne pas honorées d’ici là, elle saisira le bien pour le mettre en vente. L’argent dégagé servira à couvrir ses pertes.
  • Si on résume : La banque a « crée » instantanément 190 000 € (+intérêts) en échange de votre reconnaissance de dette, alors qu’elle ne récupèrera en réalité que 100 000€ (et dans 30 ans…).

Ce mécanisme est rendu possible par la confiance en la croissance : Dans un contexte de croissance, tout porte a croire pour un banquier que le prêt sera remboursé sans défaut de paiement dans les 30 ans, et que le bien aura prit de la valeur.

Ce système de CRÉDITS entraine la création de monnaie (planche a billet) et donc un phénomène d’inflation.

Monnaie en or : valeur réelle / Billet de banque : valeur virtuelle

Monnaie en or : valeur réelle / Billet de banque : valeur virtuelle

En savoir plus ? : Création monétaire (Wikipédia), Banques et création monétaire (Le Monde), Les crises par Olivier Berruyer, économiste.

Pour se rendre compte du phénomène voici l’évolution de la valeur réelle du dollars (indexé sur le stock d’or de la Banque Fédérale Américaine) sur les dernières décennies :

Évolution de la valeur réelle du dollars au cours du temps

Évolution de la valeur réelle du dollars au cours du temps

Aujourd’hui, les USA s’appuient tellement sur le système de CRÉDITS, qu’a l’heure actuelle, la vraie valeur d’un billet de 1$ est inférieure à 5 cents (5%), c’est le phénomène d’inflation… Concrètement, cela signifie que 95% des actifs de l’État reposent sur des dettes (crédits) et non sur un stock de métaux précieux. Indexé sur l’or, un billet de 10$ vaut … 0.1$…

Nous ne développerons pas ici les notions de prêts interbancaires, obligations souveraines ou autres emprunts d’états, achetés, vendus, échangés et renégociés tout les jours sur les grandes places financières du monde entier… Les engrenages sont complexes et les dettes multiples.

II – Liens entre économie réelle et économie virtuelle :

Économie virtuelle : Désigne cette forme de cotation et d’échange sur les marchés boursiers, basée sur l’offre et la demande pour des biens immatériels et des CRÉDITS (et obligations).

Économie réelle : Regroupe les éléments liés a la réalité concrète du marché (matières premières, ressources, biens, immobilier etc…), régie par deux grandes lois physiques :  Pénurie ou Surproduction.

  • La Pénurie, oblige la machine économique à ralentir. Selon la Pénurie (eau, nourriture, énergie…), son ampleur (totale ou partielle), et sa durée, il peut apparaitre des problèmes sociaux plus ou moins graves.
  • La Surproduction, entraine une décroissance forcée de la production pour éviter le stock, donc un besoin en main d’œuvre moins important (chômage). Les prix diminuent pour écouler ce stock.

Lorsqu’une Pénurie sur un produit apparait pour une raison ou une autre dans l’économie réelle (guerre, instabilité politique, mauvaise récolte, causes naturelles, épuisement d’une ressource…), les marchés financiers (économie virtuelle) se retrouvent dans le cas du facteur limitant :

Cas du facteur limitant : Si un produit se fait rare et qu’il est a la base de l’utilisation/de la fabrication d’autres produits, alors ces produits vont devenir rares également.

Par exemple, le pétrole est un facteur limitant pour le plastique, pour les transports, pour la production de nourriture, mais aussi pour le système de crédits

Évolution du prix du baril de pétrole depuis 2003 (en dollars)

Évolution du prix du baril de pétrole depuis 2003 (en $)

III – La crise Financière :

En faisant des placements comme celui  du paragraphe I, les banques prennent des risques pour pouvoir lever des fonds. C’est un modèle spéculatif (qui parie sur une hypothèse future, ici que les 100 000€ seront totalement remboursés dans 30 ans).

On a vu que dans un cas de Pénurie, le prix d’un produit augmente jusqu’à ce que l’économie réelle ne soit plus capable de supporter son coût : c’est la crise économique. Elle entraine dans son sillage une diminution de la croissance (récession), et de la consommation (augmentation du chômage), jusqu’à retrouver une situation de croissance. (Voir Équilibre économique)

La croissance reprend lorsque la consommation du produit a suffisamment diminuée (demande) pour rendre celui-ci a nouveau accessible au reste du marché (offre).

La crise économique, induite par cette Pénurie, va mettre en évidence certains placements dans léconomie virtuelle (CRÉDITS) qui sont maintenant (dans un contexte de récession), devenus trop risqués pour l’économie réelle (non remboursables).

Les pays gros consommateurs de pétrole et très dépendants de l’OPEP

Consommation de pétrole/ Consommation totale d’énergie (Europe)

Consommation de pétrole/ Consommation totale d’énergie (Europe)

Dette publique des différents pays d’Europe

Dette publique des différents pays d’Europe (avant et après 2008)

Ces placements restaient crédibles dans un contexte de croissance continue et éternelle, mais ils deviennent toxiques en cas de récession.

Par une perte de confiance, les investissements diminuent considérablement. C’est la crise financière.

Les crédits « toxiques » (non remboursable dans le contexte actuel) sont pointés du doigt et sont donc retirés du système financier, lui faisant perdre de l’argent.

Pour retirer un crédit des actifs de son bilan comptable avant la fin du remboursement, la banque saisit ou hypothèque les biens à sa disposition et les mets en vente.

(se traduit par une baisse du prix de l’immobilier, et, plus généralement, de l’ensemble des prix)

une augmentation du chômage se traduit par une baisse de la demande.

Pour restaurer la confiance des investisseurs : On retire donc du système les crédits les plus risqués (qui s’avèrent ne finalement pas pouvoir être remboursés, comme les subprimes en 2008), puis les moins risqués, jusqu’à revenir a un système de crédit rassurant a la fois investisseurs (ceux qui achètent) et marchés financiers (ceux qui vendent).

Pour ne pas faire faillite, les Banques ont recours, elles aussi, à ce fameux système de crédit vu au paragraphe I : En empruntant a d’autres Banques, ou a des États, elles « émettent » les sommes nécessaires pour couvrir leurs dettes, se promettant remboursement mutuel a plus ou moins long terme et à des taux et des garanties discutables. Les États font de même (dettes souveraines).

En réalité, elle viennent de faire, à leur tour, des CRÉDITS sur des CRÉDITS… (Voir Subprimes)

Dette publique des différents pays d’Europe

Dette publique de différents pays d’Europe

IV – Analyse de la crise des SUBPRIMES de 2008 :

C’est une forme particulière d’endettement. Il permet a des personnes bénéficiant déjà d’un crédit immobilier en cours, de bénéficier d’un second crédit (un crédit sur un crédit). Ce dernier s’appuie sur la valeur du bien immobilier en question (hypothèque) alors que celui-ci n’a pas fini d’être remboursé.

Le surendettement qui en résulte est rendu possible dans un contexte de hausse rapide et continue des prix de l’immobilier (croissance).

Le taux de remboursement du crédit subprime est variable et généralement indexé sur le prix de l’immobilier. Concrètement, si le bien hypothéqué prend de la valeur, le taux de remboursement stagne ou diminue. Si il perd de la valeur, le taux augmente devenant rapidement toxique…

On vient de voir que le système de CRÉDITS (économie virtuelle) implose en cas de Pénurie. Si vous avez parcouru ce blog, vous savez alors que le monde d’ores et déjà connait une Pénurie de pétrole (Voir pic pétrolier). Pour illustrer ce propos, voici l’évolution du prix du baril de pétrole depuis 2003 (26$ en 2003):

Evolution du prix du baril de petrole depuis 2003 (en dollars)

Évolution du prix du baril de pétrole depuis 2003 (en $)

Il faut savoir qu’aux États-Unis, l’essence est très peu taxée (contrairement à la France) et que, par conséquent, l’augmentation du prix du baril (lié a l’incapacité des pétroliers à extraire suffisamment de pétrole pour répondre a la demande mondiale), se répercute donc directement a la pompe.

Les ménages, étranglés par ces crédits subprimes, ont des budgets serrés. Habitants souvent a plus de 30 km de leur lieu de travail, et roulant dans des voitures très énergivores, l’augmentation du prix du pétrole diminue considérablement leur pouvoir d’achat. A un certain moment, ils sont fatalement amenés a devoir faire un choix : Continuer à manger et à aller travailler ou rembourser les CRÉDITS en cours.

Inévitablement, la banque fini par saisir leurs maisons et les mets en vente, faisant du même coup chuter le prix de l’immobilier. Ceci a pour effet d’augmenter le taux de remboursement des autres crédits subprimes. Par effet domino, la quasi-totalité des bénéficiaires de cette forme de CRÉDIT se retrouvent à la rue. C’est la crise des subprimes de juin 2006.

  • Conséquences du pic pétrolier de 2006/2008 sur l’économie :

La conséquence immédiate est une récession, entrainant la baisse rapide de la consommation de pétrole au États-Unis et une diminution de son prix, ce qui a pour effet de soulager l’économie. Cette baisse brutale de la consommation permet un retour progressif à l’équilibre économique. En parallèle, les établissements bancaires ayant investit dans ces CRÉDITS a risques, font eux même des CRÉDITS pour compenser leur pertes… Finalement, ce sont des millions de personnes (dont essentiellement des familles) qui se retrouvent SDF du jour au lendemain.

La baisse de la consommation mondiale de pétrole fut de courte durée (On retrouve en juin 2007 le niveau de consommation de juin 2006). Les pays émergents, en plein boum économique, on une demande très soutenue. Il faut donc continuer de produire suffisamment de pétrole pour répondre a la demande croissante, et ce malgré les contraintes naturelles (épuisement de la production des puits dits « conventionnels »).

Consommation de pétrole par habitant dans les pays européens en crise énergétique

Consommation de pétrole par habitant dans les pays européens en crise énergétique

Avec l’augmentation du prix du baril de pétrole (offre/demande), les puits dits « non conventionnels » (Schistes, sables bitumineux, pétrole lourds) deviennent exploitables économiquement, et ce malgré des investissements colossaux. Seuls problèmes : des rejets polluants de plus en plus importants et une production a courte durée de vie.

Cette exploitation devient nécessaire, a la fois pour compenser la diminution naturelle de la production des puits « conventionnels » mondiaux, mais aussi et surtout pour augmenter la production mondiale et soutenir la croissance.

Les gros efforts des pétroliers depuis 2006 permettent globalement une légère augmentation de la production mondiale de pétrole permettant de maintenir tant bien que mal un cours du pétrole à un niveau stable (niveau néanmoins historiquement haut), permettant l’exploitation du pétrole le plus inaccessible et de maintenir l’économie mondiale a flots. Et ensuite ?

V – Conclusion :

Même si la crise économique est presque toujours attribuée à la Finance, elle n’est en réalité que la conséquence d’une Pénurie d’énergie, amplifiée par un système financier extrêmement spéculatif. C’est donc avant tout une crise énergétique.

Il s’avère que dans un contexte ou la production de pétrole tend naturellement à décliner, le système Financier reposant sur les CRÉDITS devient particulièrement instable.

Il est vraisemblable que ces constatations se traduisent a moyen terme par la faillite inévitable du système financier, et des États qui ont profité du système de CRÉDITS avec lui. 

Today is the Last Day before Tomorrow…

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